dimanche 20 septembre 2009

Carnet de route n°31

No Popcorn on the floor – Quend

11h30. Camping des Dunes Fleuries. Bien reposé, j’attaque le dernier jour de ce festival. Café serré autour d’une table avec Jean-Charles Hue (réalisateur de Carne Viva) et d’une responsable de ADR dont j’ai oublié le prénom (gros mea culpa). Son film a été projeté dans un espace qui s’appelle “La géode” la veille. Problème : le lieu était trop lumineux et l’image tellement contrastée que seuls les sous-titres étaient visibles… dégoûté pour lui. Clope. Nous parlons de nos projets respectifs. J’appelle Elodie qui s’occupe des invités pour qu’elle nous envoie une navette. Efficace. Aussi sec, nous voici à Quend.

12h30. Espace Dorléans. Marion m’attend pour une nouvelle projection de No Popcorn. Longue file d’attente. Les bénévoles compte 97 personnes. Mocky n’est pas là : c’est con pour un président de jury de ne pas voir un des films en compette… Les spectateurs au moins sont enthouiastes et en pleine forme. Aucun échange n’est prévu avec eux à la fin de la projo. Bon ben repas alors ? Piémontaise seul à la cantoche (ou plutôt mayonnaise aux patates). Paradoxe de certains festivals, un réalisateur est souvent sollicité mais se retrouve finalement toujours seul (Sauf au Festival de Groix hein ! Là-bas c’est un peu la famille !)
Achat de la presse du jour au centre-village. Un couple déguisé en lapin devant moi à la caisse ? Normal ! Un gars avec une tête de mort en tissu sur la tronche ? Normal ! Un chien avec une robe noire à pois rouges ? Normal ! Des gars déguisés et assis au milieu de la rue qui gueulent pour rien ? Normal ! Clope / journal / café. J’adore ça. Allez, je propose à mes jambes d’aller traîner un peu au hasard. Elles acceptent.

Photos avec mon téléphone portable des rues. Et puis soudainement : “Monsieur ! Monsieur !”. Je me retourne et me retrouve face à 5 gendarmes. “Vous nous avez pris en photo !”. Moi : “Ah ? non je prend les rues en photos mais vous êtes partout, donc vous êtes forcément à l’image de temps à autre”. Un des gendarmes, 25 ans tout au plus, élève la voix, tendance totalitaire dans le discours : “Vous savez ce que c’est le droit à l’image ?”. “Oui, seulement le droit à l’image s’applique si vous êtes reconnaissable. Là vous êtes 10 sur la photo, tout au fond et de dos !”. A priori ils ne veulent rien savoir et me demande à voir la photo. “Vous l’effacer de suite !”. “Et si je refuse ?”. “C’est simple, on vous embarque”.
Petit temps de reflexion et je fini par m’exécuter (pas envie de rester 2 heures avec eux pour une photo à la con). Le comble, c’est que dans mon sac à dos, j’ai mon reflex numérique avec plein de photos de gendarmes et même des photos de leur QG…Comprenne qui pourra … Mais quel est donc ce pays où nos libertés individuelles fondent comme neige au soleil ? Et bien c’est la France, bien à droite, avec un grand F comme Fuck le peuple. Les gendarmes, tous en coeur avec une mine réjouie : “Bonne journée”. Hum, ça risque pas …

15h. Concert des April Shower Band, un girlsband bordelais très jeune (moyenne d’âge des membres du groupe de 20 ans). Pas mal, très bien joué mais pas trop ma tasse de thé.

16h. Cérémonie de remise des prix au cinéma le Pax. “Installez vous au 3ème rang” me glisse le vigile. Je fais rentrer Youri et sa femme. Mocky, assis au premier rang, commence à s’impatienter “Ils font quoi les autres ?”. Arrivée de la délégation escortée par les amphores en peluche (Attention ! Bien mettre ses bras pliés au niveau de la tempe pour faire l’anse de l’amphore). B. Délépine prend la parole. Le palmarès complet est ici. Moi, je n’aurrai rien, pas grave.

16h30. Concert des Producteurs de Porcs, l’Orchestre National Grolandais. Ici l’hymne tant connu. J’avais déjà fait des photos d’eux à Montmarte en 2001 ou 2002, je ne sais plus trop. Christophe se déchaine su scène et chante avec le groupe. 3 reprises très nerveuses des Ramones, génial. Lâcher de saucisses et de boudins dans le public. Ca vole bien ces trucs là !
Fin de la fête, Christophe rejoint le bus officiel entouré de ses gardes du corps. Je le rejoins avec Youri (ils se connaissent car ils avaient bossé ensemble cet été au Festival de Bourges). Les bus s’en va, grands signes d’au revoir. Café encore et toujours. Il est l’heure de partir. Nous embarquons dans l’Audi verte de Youri. 3 heures de routes et quelques embouteillages près de la capitale.


21h30. Arrivée à Colonel Fabien. Déballage de la valise et douche. Je me matte le dvd de “Welcome”. Joli film, bien réalisé. Pas de mariage et un enterrement. Je m’endors en sachant que demain matin, vers 8h, je subirai le son du marteau piqueur. Ils font des travaux dans l’appart sous le mien. Grrrrr.



samedi 19 septembre 2009

Carnet de route n°30

No Popcorn on the floor – Quend

11h30. Réveil au chalet sans gueule de bois. Ciel ensoleillé. Il fait bon. Douche. Au bar du camping la machine à expresso est malheureusement en panne. Café picard (c’est à dire avec de la chicorée) et croissant. Erf, pas génial.  Lecture du “Courrier Picard” qui est partenaire du festival. J’aime bien jeter un oeil sur les pages locales. On y parle pêle-mêle de la vie dans les villages, des concours de pétanque, des matchs de foot, des kermesses, des mariages et des courses de vélo.

12h30. Question : comment rejoindre Quend-plage qui est à quelques bornes du camping ? Je demande à une chauffeuse de bus. “Non c’est ma pause là, je ne repars qu’à 14h”. Finalement je vois une navette avec l’autocollant de la présipauté. “Non monsieur désolé la navette est reservée aux invités.” Je m’empresse de dire au chauffeur que je suis invité avant qu’il ne mette les voiles. Ouf ! Du coup je fais le voyage avec  les dessinateurs de Siné Hebdo. Notre chauffeur arbore fièrement un t-shirt rose bonbon officiel.

A l’entrée de Quend les gendarmes sont très nombreux et contrôlent. “Sommet du G8?”. “Non, festival du film grolandais…”. Fiers, debout derrière leurs barrières, ils bloquent toutes les rues. La présipauté, petit espace de liberté et de contestation, est cernée. (Ps : je me demande à quel couturo-designer ils ont fait appel pour leurs uniformes et leurs casquettes, c’est vraiment laid !). La navette nous dépose au Carré, direction la file d’attente pour manger. Saumon, taboulet et pomme de terre chaude. Je croise Gus que je n’avais pas vu depuis longtemps et qui me met la main sur l’épaule en me demandant “comment ça va ?”. Il mange en famille sur une table à côté. Mes voisins d’assiette sont cette fois-ci des sauveteurs en mer.


14h. Café bien serré en terrasse et bord de mer. Clope. Lecture de la presse. Côt côt côt… A côté de moi une tablée de 4 gars déguisés en poussins piaillent. Coup de téléphone de mon pote Youri Lenquette qui m’annonce qu’il va débarquer à Quend. Cool ! Appareil photo en bandoulière je me transforme en touriste pour faire quelques photos de l’ambiance du festival. Orchestre de rue Pampana : travaux publics et cuivres, très festif. Ballade rapide sur la plage le long des dunes. Photos de Christophe et de Carlita qui pausent gentillement près de la géode.

16h30. Interview sur Radio Campus Lille, une vraie radio libre. Je parle un peu de mon parcours et de No Popcorn pendant une petite demi-heure. Dédicace. On m’offre un t-shirt à l’effigie de la radio qui fête ses 40 ans. Passage rapide à la librairir grolandaise. Jacky Berroyer dédicace son dernier livre. Il a aussi un court-métrage en “compette”. Je me dis qu’il faudrait quand même que je vois un film. Lesbian Vampire Killers me tente bien. C’est un film anglais bien déjanté mais je ne le verrai pas : il passe à Berck, à 20 kilomètres d’ici !

20h50. Apéro au whisky dans une pizzeria avec Xavier. Nous parlons du film qu’il a produit et qui est présenté ici : “La raison de l’autre” de Foued Mansour a déccroché un prix d’interprétation au Festival du Court de Clermont-Ferrand. Joli! Une “campagnarde” pour moi, champignon et jambon.

22h00. Je trace vers le Pax pour la première projection de No Popcorn. Le vigile m’annonce qu’ils ont 45 minutes de retard. Youri et sa femme arrivent de Paris mais ils n’ont pas encore eu le temps de manger. Moules-frites devant un bistro picard.


22h50. La foule, nombreuse, est massée sur la place principale pour une projection en plein air. Une longue file d’attente s’est formée devant le cinéma. Beaucoup de jeunes. Ca fait plaisir. “Ah si j’avais pu avoir autant de spectateurs quand mon film est sorti en avril dernier …”. Nous négocions avec la projectionniste pour avoir 10 minutes de discussions après le film. Ce n’était pas prévu mais elle accepte. Franchement je ne vois pas l’intérêt de me déplacer depuis Paris pour dire uniquement “bonjour” aux spectateurs et leur souhaiter une bonne séance. Je ne vois pas non plus l’intérêt de leur parler de mon film avant qu’il ne l’aient vu. Ils sont plus d’une centaine dans la salle, attentifs. Mise en jambe. Je leur explique qu’ils vont voir un film polonais non-sous-titré. Gloussements et sourires en coin. Bonne projection à tous et à tout à l’heure.

En ressortant je croise certains membres du jury qui arrivent quand même avec 10 minutes …bof bof… Le président du jury n’est pas là non plus. JP Mocky  présente un des films de sa rétrospective. Dommage, pour un passionné de cinéma… Peut-être sera-t-il là demain midi pour la seconde projection ? (Nb : certains membres du jury ne viendront pas du tout au festival comme Miossec et Julie Depardieu). Petit tour dans les caravanes de vidéos underground.

Minuit 30. Retour en salle et applaudissements. La moitié de la salle se lève et s’en va avant même que je n’ai pu dire un mot. Bizarre… peut-être n’ont-ils pas l’habitude de voir un réal venir causer de son film ? Un gars se lève, prend le micro, et me félicite pour, dixit, “un superbe travail”. Flatteur va ! Quelques bras levés et quelques questions auxquelles je répond brièvement. “Je suis désolé nous n’avons plus le temps… un autre film va commencer”.


Deux panthères, une mère et se fille, viennent aussi me féliciter. Je les avais dejà apperçu à Cannes, plus de 20 ans qu’elles arpentent la Croisette. La plus jeune me lance “Je suis réalisatrice et je vais faire un film avec Noël Godin”. Gloup Gloup. Diane, la photographe de “Causette” en profite pour leur tirer le portrait. Nous partons tous boire un verre au Carré Grolandais. Pas beaucoup d’animation ce soir… Un groupe joue du punk en fond de scène.

Deux heures du mat. Nous cherchons désespérement un bar ouvert dans Quend-Plage mais c’est peine perdue. Youri me dépose au camping. Bye. Je m’étale sur le pieu avec la satisfaction du devoir (de représentation) accompli. Fondu au noir.


vendredi 18 septembre 2009

Carnet de route n°29

No Popcorn on the floor - Quend


14h30. Valise posée sur le trottoir, j’attends un taxi G7. Direction Porte de la Chapelle, le lieu de rendez-vous donné aux invités du Festival du Film Grolandais.Embouteillages monstres. Une demi-heure pour faire 3 bornes, le taxi n’était visiblement pas une bonne idée. 19 euros…si c’est pas du foutage de gueule ça ! Deux bus picards sont garés, tant bien que mal, en double file. Un gars de la RATP vient les sermoner. Derrière leurs volants, les parisiens s’énervent et klaxonnent. “Il y a la queue jusqu’au périph là !”. 





Visiblement je suis le premier à arriver. Je suis accueilli par Jérôme et Marion qui me remettent une envellope avec le nécessaire du parfait festivalier (badge, feuille de route, lieu d’hébergement, catalogue, bracelet etc..). Je rencontre Diane, une jeune femme qui est photographe pour le magazine “Causette” (elle est de Bayonne) et des gars de Cinébus (association de cinéma itinérant en Haute-Savoie). Petit café en terrasse. Les invités sont nombreux à se masser autour des bus. J’apperçois le président Grolandais, Christophe Salengro. "Salut, comment va depuis le temps ?" . Je le connais un peu, mais sans plus. Souvenirs. J’avais filmé son mariage avec Gus à Montmartre il y a longtemps. En 2006 j’étais aussi parti le chercher à la gare de Dax en voiture pour le ramener sur Bayonne lors d’une soirée à l’Atalante. Danse.


16h30. Après une longue attente, nous partons enfin. Je suis sur la même rangée que le Président. Un gars s’installe près de moi. Il s’appelle Luc. Je ne le connais pas mais il fait  dans l’équipe grolandaise. Lecture du Libé et de Siné Hebdo. Rencontre avec Karine aussi, que je connaissais pas mais qui joue dans les sketchs du Groland sur Canal. Le trajet en bus est long. Trois heures sans pause, sans clope et sans pouvoir étirer un peu mes guiboles.


19h20. Arrivée au Camping de la Dune Fleurie. C’est ici que je vais loger. Je dépose mes bagages dans un petit chalet “Le Camélia”. J'ai plus de chance que certains invités qui sont logés en hébergement collectif  avec des voisins chambrée imposés. Je suis et je resterai associable sur ce genre de truc toute ma vie je pense...Habillage de “Bus Force One” pour l’ouverture du festival. Les Américains n’ont qu’à bien se tenir ! 


Nous roulons au pas puis passons la frontière du pays imaginaire. Barrière en kit et douaniers. Il y a foule. Les caméras et les appareils photos se battent pour mettre en boite le couple présidentiel qui prend la tête du cortège à pied. Ca court un peu dans tous les sens, pas moyen de faire une photo pour le blog sans être bousculé.

Ambiance carnaval rural. Lunettes noires et bandeaux fluo orages. Comme d’habitude, les gars de la sécu se la jouent gros bras. Discours d’inauguration avec Jean-Pierre Mocky. Il annonce que Christophe Salengro jouera dans son prochain film : “J’aime bien les tronches”. Retrouvailles avec Xavier Fréquant, mon ancien producteur qui était sur No Popcorn au début de l’aventure. Il est avec un pote qui s’apelle Franck. 


Nous sommes tous invités à entrer au Pax, le cinéma de Quend. L’affiche de mon film est en bonne place et sera visible de tous pendant le festival, cool ça. Benoit Délépine et Raymond Défossé, co-créateurs du festival nous souhaitent la bienvenue. Un hommage sera rendu à Guillaume Depardieu qui avait été le premier président de ce festival. Délépine ose : “Malheureusement il ne pourra pas venir cette année..”. Rires. Projections de quelques bande-annonces et de films courts et un truc pas mal je trouve “Le vaisseau spécial” , une fiction audio d’Arte-radio. On a aussi le droit à un court intéractif avec les acteurs qui sortent de l’écran pour venir dans la salle parmi les spectateurs (Monde de oufs, “Histoire pas banale”) et à un film de Rémi, illustrateur complètement barré et hanté par des fantasmes sexuels très poétiques.


Petit tour dans la partie “off” du festival. Un parking a été transformé en vidéodrome. Ici c’est la caverne d’Ali Baba de la vidéo. Tentes, projections individuelles ou collectives gratuites arrosées de bières, caravanes, musiques techno par endroit. Nous entrons dans la  tente de “Bayonne Arrive”, un collectif de réalisateurs. J’entends un gars qui lance “Gaël Mocaër !!! “
Laurent fait parti du collectif et je l'avais croisé il y a très longtemps via une connaissance commune. Un petit film commence. Bizarre. Pas vraiment d’histoire mais quelques idées. Les films courts foisonnent, c’est un véritable laboratoire. Ils ont du courage d'attendre le chaland pour le faire entrer dans une tente … Inévitablement quelques punks à chiens trainent le long des tentes et des dunes. “Hé!!! Fait une photo de moi !! Allez vas-y !”. Pauvres chiens…



22h. Repas au Carré Grolandais, cette cantine pour les invités à des allures de cirque. Badge et bracelet bleu obligatoire. La bouffe est comment dire ?... équilibrée : j’ai le choix entre du pâté et du camembert. J’opte donc pour les deux avec un bout de pain. Je croise des regards, des visages que j’ai déjà vu, mais où ? Finalement je pose mon assiette en plastique sur une grande table avec l’équipe de la Croix Rouge. Eux, ils ne rigolent pas des masses… une longue nuit les attend.

Je rejoins Xavier et son pote pour boire un dernier verre. Barquette de frites sur le pouce. Il est minuit et pas mal de bars sont dèjà fermés. A mon avis, ils craignent les débordements et la viande saoûle. La police patrouille au pas. Interdiction de boire de l’alcool sur la voie publique. Whisky coca. Debaser.


Retour au chalet du camping et clope dans le jardin. Je m’allonge enfin avec grand plaisir. Transfert des photos sur l’ordi puis un rapide coup d’oeil sur la télé et les news. C’est la guerre du lait en France, les agriculteurs sont en train de crever ! Résistance ! Les Grolandais sont solidaires même s’ils préfèrent largement téter du houblon.

mercredi 16 septembre 2009

Carnet de route n°28

No Popcorn on the floor – Château-du-Loir

14h10. Allez ! Eternelle ligne 2 du métro Colonel Fabien. Vous savez qui c’est au fait ? non ? Bah la réponse ici, depuis le temps que je vous donne le nom de ce gars !  Porte de la Chapelle. Ligne 4. Serrés comme des sardines. Quelques mètres à pied pour rejoindre la gare Montparnasse. Attention ! Surtout ne pas traverser au rouge ou en dehors des clous. Les parisiens ont cette manie d’accélérer quand ils vous voient, c’est comme ça qu’ils se font plaisir. Comme s’ils voulaient vous écraser, se soulager d’un stress dont ils n’arrivent pas à se débarrasser. Regroupement de fumeurs autour de leurs sacs et de leurs valises.

15h10. TGV pour Tours. Une heure, ça devrait vite passer. Heureusement car je me sens lessivé j'ai une tête de fou. Je n’ai pas beaucoup dormi car je suis en train de refaire tout mon site internet. Comment va le monde au fait ? Obama se bat pour imposer un nouveau système de santé. C’est pas gagné…Le Danemark renonce à interdire la burqa. La grippe A continue son petit bout de chemin. On se suicide chez France Telecom… Dernière minute, boys band : Les 2B3 deviennent les 2B2. Je me regarde un classique parmi les classiques “Les tontons flingueurs”. Happy birthday to you ! Happy birthday to youuuu …

Navette pour Saint-Pierre des Corps. Seul dans le wagon. Monique, de Ciné-Off me recupère à la gare de Tours. Nous nous étions rencontrés au Festival de Vendôme en décembre 2008. D'ailleurs, si vous ne connaissez pas c'est vraiment un festival à découvrir ! Petite pensée pour Fabrice (j’espère que son nouveau boulot et sa nouvelle vie se passent bien) et Marie-Laure (qui passe aujourd’hui un concours). Merci Centre Images. Café cul-sec puis découverte des locaux de Ciné-Off. 


C’est un cinéma itinérant qui existe depuis 25 ans. Aujourd’hui, en dehors des pleins airs, ils organisent des projections dans plus d’une vingtaine de salles. Heureusement que des associations comme celle-là existent pour amener le cinéma dans des villages ruraux reculés.

Nous récupérons Michel, le président de l’association, puis prenons la route pour Château du Loir (envion 8000 habitants), à mi-distance entre Tours et Le Man. Une petite heure de route. Arrivée à l’Espace Recollets. C’est un ancien couvent reconverti en salle culturelle polyvalente. Joli bâtiment. L’affiche de mon film fait la Une. Clope. Les oiseaux volent bas. Une petite vieille, baguette à la main, regarde l’affiche puis passe son chemin.

Les premiers spectateurs arrivent. Problème de caisse. C’est le dernier jour de la “Rentrée du cinéma”, les places sont à 4 euros mais la caissière s’est trompée. Il faut annuler des tickets, rembourser et refaire l’encaissement. Finalement, ils seront 14. Parmi ces spectateurs une journaliste du “Maine Libre” et un jeune couple de l’association “Graine d’Images” venu de la Sarthe. Coup d’oeil rapide en cabine et salutations au projectionniste.


18h10. Présentation et speech rapide dans la salle. Gens souriants, détendus. Début de la projection. Nous partons manger un morceau avec Michel à l’Imprévu sur la place principale du village. Croque-monsieur énorme avec quelques frites. Le tout pour 6 euros. Les prix en province ça a du bon non ? Monique nous rejoint. Café et nougat. Nous parlons de Patrice Leconte, le parrain de Ciné-Off qui se déplace de temps en temps sur des projections. (J’apprendrai plus tard que Jean Carmet fut aussi leur parrain). Quelques mots aussi sur la mairie de Château-du-Loir qui aide financièrement Ciné-Off. Une aide bureaucratique. Pas de réelle volonté de défendre la culture ou de la faire découvrir. Bizarre pour une commune PS. Dommage surtout. Aujourd’hui l’argent ne suffit pas. Nous avons besoin de passion et d’envie… Des Anglais, passionnés de voitures anciennes, paradent avec leur 4x4 Land Rover . Union Jack bien en évidence. Leurs ancêtres avaient pillé et détruit ce village pendant la guerre de Cent ans. Sur le chemin du retour je fais remarquer à Michel que mon prénom est Gaël et non Yannick. 

19h45. Fin de la projo. Quelques applaudissements avant que je ne prenne la parole. Les gens ont la banane, ils semblent très contents d’avoir découvert No Popcorn. Je les éclaire sur certains aspects invisibles. Chiffres, beaucoup de off aussi. Le temps passe vite, trop vite. Nous devons arrêter le débat car une autre projection commence, celle de Adieu Gary avec Bacri. Petit verre et moment d’échanges avec des spectatrices ravies.

21h. Il faut déjà partir, pas envie de louper mon train à Saint-Pierre de Corps. Retour en voiture. Monique dépose Michel puis me laisse à la gare. J’ai passé une très bonne soirée en leur compagnie. Peut-être les reverrai-je. La gare est déserte. Hall, guichets et quais vides. Arrivée du TGV pour Paris, ce soir mon hôtel sera mon appartement. Après-demain je pars en Picardie pour le Festival du film Grolandais de Quend. Ca promet...

vendredi 11 septembre 2009

Carnet de route n°27

No Popcorn on the floor – Ouistreham

14h10. Paris. Métro 2 puis ligne 13. La gare Saint-Lazare ressemble à Ground Zero, le trou et les victimes en moins. 8 ans déja ! C’est un immense chantier jonché de barrières de sécurité et de tas de gravas. Dans ce labyrinthe de cloisons en plâtre, les voyageurs tirent leurs valises machinalement. Le nez en l’air, parfois essouflés, à la recherche d’un indice ou d’un panneau d’information. Jeu de piste grandeur nature pour des gens qui n’ont pas envie de jouer. “Ah ! En voilà un justement de panneau !” Je suis dans la “Salle des pas perdus”… Etrange nom de baptême. “Salle des Temps Modernesaurait certainement été plus appropriée. Homme ? Machine ? Homme ? Machine ? Les voyageurs disciplinés sont en file indienne face à leurs bourreaux, les bornes jaunes de la SNCF. “Avaler la carte bleue, analyser les données, débiter le compte en banque, délivrer les billets.” Attendre que la file d’attente se résorbe et prendre son mal en patience. “Nous sommes désolés mais cette machine ne délivre plus de reçu”. Puis, quand c’est votre tour, allez vite, toujours plus vite. Sentir le poids du regard de la personne qui piétine derrière vous. Une tonne au bas mot.

14h45. La voiture 13 est tout au bout du quai. (A propos du chiffre 13 je vous conseille de voir “Number 13” le premier film d’Hitchcock, un petit bijou). Je pose mon sac à dos puis redescend du wagon pour me fumer une clope. Un petit vieux, tire aussi sur la sienne. Cheveux blanc parfaitement peignés et laqués, veston tiré à quatre épingles, pantalon écossais, il porte assez bien ses soixante-dix ans. 


La police patrouille. Quatre hommes et une femme s’avancent vers nous. Ils n’ont pas l’air commodes ceux-là. Uniformes bien repassés, rangers cirées, attirail repressif bien en évidence accroché au ceinturon. Un des gars nous appostrophe sans même avoir la politesse de nous dire “bonjour” avant : “Messieurs, il est interdit de fumer sur les quais !”. Silence. 
Nous nous regardons avec le petit vieux. Je tire deux ou trois fois sur ma clope avec l’intention de la jeter dans la foulée. Le flic, plus aggressif : “Quand on vous dit qu’il est interdit de fumer vous devez jeter vos cigarettes de suite!”. Le petit vieux réplique : “Mais nous sommes à l’air libre ici, le quai n’est pas couvert !”. La femme : “ Vous jetez vos cigarettes Messieurs !”. Le visage de l’autorité devient subitement celui la bêtise. Nous nous exécutons, histoire de ne pas être emmerdés pour un motif aussi futile. La patrouille passe son chemin… Le petit vieux me regarde et me lance, désespéré : “Heureusement que je n’en ai plus pour longtemps à vivre…”. Sourires. Au final je crois que je ressens de la pitié pour ces policiers qui considèrent leurs uniformes comme des costumes de justiciers (Il y a déjà Superman, Batman, Spiderman et compagnie pour ça, non ?).

15h10. Mon train trace sur Cherbourg mais je m’arrête à Caen. Dvd de “Pale Rider” avec Clint Eastwood, un western des années 70. Certaines scènes m’ont bien fait rigoler. Celle du chien, par exemple, qui se fait tuer lors de la mise à sac d’un petit village au début du film. Quand la jeune fille le ramasse inanimé, il faudrait être aveugle pour ne pas voir que c’ est une peluche. 

16h57. Gare de Caen. Bienvenue en Basse Normandie.  Je suis réceptionné par Astrid, une bénévole de l’association du cinéma “Le Cabieu”. AX blanche, direction Ouistreham, sur la côte. Astrid a longtemps vécu en région parisienne mais elle s’est installée ici il y a un peu plus d’un an. Pourquoi ? Une qualité de vie indéniable. 


Ce soir mon hôtel n’en est pas un, je suis logé dans un centre de thalassothérapie. Adorable attention. J’ai le droit d’utiliser toutes les installations et ils m’ont prévu un massage à l’huile de parafine demain matin. Chambre 18 avec vue sur les dunes et la plage. N’étant pas un habitué de ce genre d’endroit, ça fait quand même bizarre de voir les gens se balader avec leurs peignoirs blancs.

19h15. Clope. Alexandre, le président de l’association, me récupère en voiture devant la thalasso. Il est accompagné de sa femme Catherine qui s’occupe de la partie expo dans le cinéma. Tous deux sont bénévoles. Repas aux “Cabines”, un très joli restaurant. Nous faisons connaissance. Je parle un peu de No Popcorn, de mon parcours. Alexandre, très sympa, est un bon vivant. 


Catherine me parle de l’expo actuelle sur Jean Pierre Trévor, un décorateur de cinéma au palmarès impressionnant. En autres, il a réalisé Gotham City, la ville de “Batman”. Tim Burton lui avait donné 3 jours pour peindre une toile de 35m de long. Gros challene, énorme talent. Je suis repu. Y’a pas à dire, les Normands savent recevoir !

20h40. “Le Cabieu” est unique en son genre. Identité normande affirmée dans l’architecture et surtout une belle histoire. La salle existe depuis plus de 200 ans et elle a longtemps accueilli des matchs des boxes. Le cinéma n’a été crée que dans les années 80. Je remarque qu’ils n’ont pas l’affiche de mon film. Malgré une demande en bonne et due forme au distributeur, ce dernier ne l’a pas envoyé … no comment.

Alexandre me fait une visite rapide du cinéma. C’est immense. Salle de 352 places avec un grand balcon, écran géant derrière un beau rideau rouge, salle de réunion, bureau administratif, salle d’exposition, petite cuisine qui sert aussi de débarras… Les spectateurs sont déjà installés. 17 entrées payantes. Alexandre est décu. “ Nous sommes 50 benevoles et beaucoup ne sont pas là…”. On me présente Arlette, la "Madame Friandises" du Cabieu. Fidèle parmi les fidèles, ce soir elle aura vendu pour 3 euros de bonbons. Le projectionniste lance le film.

22h35. Fin du film et débat. Les gens semblent contents. On me propose un micro que je refuse gentillement. Je n’aime pas les micros, ils ont cette faculté d'accroître exponentiellement la distance qui me sépare des spectateurs. Que sont devenus les protagonnistes du film ? Pourquoi un titre en anglais ? Je suis rôdé à l’exercice et raconte quelques anecdotes, du “off” comme on dit de nos jours.

23h25. Certains spectateurs ont été invités à visiter la cabine de projection. J’espère ainsi qu'ils s’attacheront un peu plus à leur cinéma. Nous nous retrouvons autour d’un verre dans la salle d’exposition sous le regard de l’Homme Chauve-Souris. Je parle de mon film avec un gars qui débarque tout droit du Havre. Ce soir, il est entré au Cabieu par pure curiosité. Il y a aussi quelques bénévoles de l'association d'un cinéma d’une commune voisine. 


Alexandre me parle de Bernard Menez car ils l’ont accueilli la semaine dernière avec la projection de “Chaud Lapin”. Dédicace. Astrid me dit qu’elle a découvert un homme subtile, à l’esprit vif et à la répartie précise. Bien loin de l’image que nous avons tous du “chanteur” de “Jolie Poupée”.  Tant bien que mal, clic clac, petite photo avec l’équipe du cinéma. La carte mémoire de l’appareil est pleine et  un spectateur explique à Alexandre comment faire de la place.

Petite devinette de fin de soirée. Quel métier fait réellement Alexandre (ici à gauche sur l'image) ? On imagine quelque chose en rapport avec l’art, la culture, non ? Pas du tout. Vous êtes bien accrochés ? Il est gendarme ! C’est le  chef du groupe PJ du coin. Avec ses collègues, il couvre une dizaine de communes et assure la sécurité d’environ 35 000 habitants. C’est quand même rare et incongru ça ! Un gendarme qui tient un cinéma ! Chapeau-bas.

Minuit. Retour à la Thalasso. Merci chaleureux à cette équipe que je compte bien revoir un jour (pour mon prochain film peut être ?). J’allume la télé que je regarde rarement (pour info, j’ai jeté la mienne voici deux semaines). Débat de société sur France 2. Enfin, “débat” c’est vite dit, c’est surtout de la promo… Un conspirationniste vend son torchon. Il soutient que les attentats du 11 septembre sont un coup monté par le gouvernement Américain... Ma télé est bien dans sa poubelle, c’est là qu’est sa place non ?