Arrivée dans le Loir-et-Cher en fin d’après-midi ; je n’aurais jamais pensé mettre un pied dans cette région… Des rues pavées, un clocher et 4000 âmes invisibles. Je cherche le “Petit Casino”, le cinéma où doit se dérouler l’avant-première de mon film. Les choses se précisent en passant devant la maison de la presse. L’affiche de No Popcorn trône en bonne place sur un panneau près de “Gala”. Je découvre le cinéma un peu plus haut, en bordure de nationale. Face à lui, un immense parking, avec un bel établissement de pompes funèbres… 20h15. Le cinéma est fermé. L’avant-première doit commencer dans un quart d’heure. L’affiche de “No Popcorn on the floor” côtoie celle de “LOL” et de “Montres contre Aliens”. Une jeune femme arrive. Présentations cordiales avec Elodie, la directrice. Michel, mon producteur, arrive lui aussi. Visite guidée du “Petit Casino” et de sa salle très 70’s. Fauteuils oranges et murs marrons. J’adore. Ce cinéma associatif a ouvert juste après la première guerre mondiale.
Gaël : “ Vous êtes combien à faire tourner ce cinéma ?”
Elodie : “Un salarié et demi”
Nous attendons les spectateurs sur le trottoir. Une clope, puis une ou deux autres. On espère que la dame qui passe de l’autre côté de la route avec son chien vienne pour le film…eh bien non ! Ils sont quand même quelques-uns à prendre un ticket. Sur le visage d’Elodie, je lis de la déception et un peu d’amertume.
Un spectateur : “Il ne se passe jamais rien ici mais ce soir il y a un concert à la Collégiale et une soirée de jumelage avec une ville allemande… c’est vraiment pas de chance.”
Quand je rentre dans la salle pour présenter le film, ils sont une vingtaine tout au plus.
Bonne séance à tous. Fondu au noir. Nous partons manger un morceau dans un restaurant un peu plus bas. Sur le panneau d’informations municipal, No Popcorn on the floor est écrit en diodes et défile de haut en bas, perdu entre le numéro des urgences, un cours de danse et des tarifs de visites touristiques.
Retour dans la salle. Les visages sont souriants et le débat commence avec Elodie, Michel et Marie-Laure, qui travaille à Centre Images. Beaucoup de questions sont abordées sur l’avenir des cinémas en France ou sur le choix des films programmés. La responsabilité du public est elle aussi évoquée. Deux heures plus tard, un verre à la main, nous continuons à échanger nos points de vue. Il y a là un prof d’art, un cinéphile averti, un couple de retraités et des membres de l’association. Une dame agée, cheveux blanc et queue de cheval, me regarde. C’est la mémoire du “Petit Casino” qu’elle a tenu pendant 25 ans. Derrière ses lunettes à verre épais (dont un est cassé), elle se remémore : “Ah ! Quand on passait Le jour se lève, c’était quelque chose quand même !”
La vieille dame : “Vous savez, Jean Rouch est venu ici !”
Gäel : “A quelle occasion ?”
La vieille dame : “Nous avions passé Cocorico, Monsieur Poulet. Nous n’avions pas de son, alors il a commenté le film en direct dans la salle !”
Il est minuit. Je quitte ces amoureux du 7eme art et je repasse une dernière fois devant le panneau d’informations de la ville. Le titre de mon film a disparu. Je ne sais pas si Elodie programmera mon film dans sa salle. L’équilibre à trouver pour payer les salaires (en maintenant un nombre d’entrées suffisant) et faire découvrir des “petits” films n’est pas simple… et nous savons tous que “No Popcorn on the floor” ne fera jamais autant d’entrées que “Lol”.
Petite anecdote avant de se quitter. Le maire de Saint-Aignan, assez fraîchement élu, était dans la salle. Il ne va pourtant jamais au cinéma. Nous espérons tous, Elodie la première, que ce film qu’il a vu sur ce petit cinéma du Pays Basque, l’aura touché. Le “Petit Casino” aurait bien besoin d’une cure de jouvence pour continuer à vivre.




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