dimanche 17 mai 2009

Carnet de route n°10

No Popcorn on the floor - Locminé


11h. Réveil avec les oiseaux. Café serré au “Bar Breton” à Etel. Embruns. Aussi incroyable que cela puisse paraitre, il y a le wifi. J’en profite pour envoyer mes carnets de route en retard à Ramuntxo qui les mettra en ligne. Café. Mes bobines m’attendent sagement dans la voiture. Café. Le vent ne s’est pas calmé, bien au contraire. Je passe devant le cinéma “La Rivière”, dernier coup d’oeil.

13h. “Volontaire” de Bashung et Noir Dez. 92 km/h. Direction Vannes. Vieux gréements, fortifications de Vauban et touristes en famille. Je me promène un peu le long du port puis je me décide à trouver un hôtel dans le coin, pas sûr d’en trouver un à Locminé ce soir. Ce sera un Etap Hotel dans une vaste zone commerciale. Porte fermée et parking vide. Accueil par une hôtesse en fer avaleuse de carte bleue. Chambre 208. Vue sur le toit en goudron et les poids-lourds qui passent. Glauque au possible mais pas cher. 39 euros.

15h. Plus d’essence. Je m’arrête à la station Carrefour. Paiement refusé par ma carte bleue. Merde ! 2ème essai. Paiement refusé. Personne à la caisse. A force d’avancer les frais pour cette tournée, je suis à découvert depuis un certain temps. Que faire ? Je dois absolument aller à Locminé … J’attends. Heureusement, j’avais retiré 20 euros la veille à un guichet automatique. Une voiture arrive. Je demande à son conducteur de me mettre de l’essence avec sa CB en contre-partie de mes billets. Regard interloqué du type qui se demande si je ne vais pas l’arnaquer. Je suis un peu gêné. A Cannes, le champagne coule à flot. Le gars hésite puis accepte. “Surtout bien cacher mon code secret”. Petit sourire amusé. Merci. Appel en urgence à Michel, mon producteur, pour qu’il me vire mon salaire du mois d’avril sur mon compte, sinon je vais devoir arrêter ce tour de Bretagne plus tôt que prévu. Il me dit que le virement sera fait le lendemain. Nous ne roulons pas sur l’or, mais quand j’ai un soucis, Michel est toujours là.

Découverte de Locminé. 4216 habitants. Nous sommes dimanche, tout est fermé. Les cloches de l’église sonnent pour des fantômes. Ah ! cool, un pub ouvert. Ca tombe bien, il me reste 4 euros. Au "Central", l’ambiance est pesante et l’éclairage au minimum. A la radio, un commentateur s’enflamme sur un match de foot. Café, enfin, si on peut appeler ça comme ça…

19h. Le cinéma “Le Club” est un peu plus haut. Un salarié et 12 bénévoles. Je fais la connaissance d’Emmanuel, son directeur. Jeune et dynamique. Visite des bureaux et de la cabine de projection. Pour pouvoir passer “No Popcorn”, il a déprogrammé Coco Chanel avec Audrey Totou. Tant mieux. Il a aussi organisé un jeu-concours avec 10 places à gagner pour mon film dans un journal local “La Gazette”. Pas facile de convaincre les gens d’aller voir mon film. Ouverture de la caisse. Une entrée. Deux. Trois. Plus rien. Deux spectatrices arrivent pour “Coco Chanel”. Mode VRP “On”. Discussions. J’arrive à les convaincre et elles finissent par prendre deux places pour “No Popcorn”. 


Quelques bénévoles de l’association sont là. Deux d’entre-eux s’engueulent pour des histoires personnelles. Froid. Emmanuel temporise. Au final, on m’annonce 10 entrées payantes et 3 vainqueurs au jeu-concours. Ce soir nous avons de la concurrence à la télé, Arte passe “Cinéma Paradiso”. Présentation du film et fondu au noir.

Nous partons manger dans une crêperie non loin du cinma. Délicieux. Première fois que je mange des crêpes depuis mon arrivée dans le Morbihan! Lumière et nouvelle séquence. Je parle du film. Les spectateurs sont enthousiastes mais me semblent un peu fatigués.

Une spectatrice : “Mais pourquoi un titre anglais ?”
Moi :  “A l’origine le film s’appelait Une saison sans popcorn, mais vu le peu d’intérêt du milieu du cinéma français pour ce film, je lui ai donné un titre plus international. La première projection à eu lieu dans le nord du Chili l’année dernière, dans le désert d’Antofagasta. Mais le film a aussi été présenté en Hollande, en Espagne, au festival du film de Téhéran.”

Les discussions se poursuivent dans le hall d’entrée. Mes bobines retrouvent leurs places dans la voiture, bien calées à la verticale derrière les sièges. Je rentre de nuit sur Vannes et mes phares sont les seuls à éclairer la campagne endormie. Pas de réseau sur mon téléphone portable et radio brouillée. Une clope. La fatigue commence à se faire sentir. Demain, j’irai prendre des forces au pays de l’andouille.

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