lundi 18 mai 2009

Carnet de route n°11

No Popcorn on the floor - Guémené


Fin de matinée. Café et croissant en terrasse au port de de Vannes. Un journal local annonce un naufrage au dessus de Saint-Malo. En route pour le nord du département. Toit ouvrant, je profite de quelques rayons de soleil.

14h. Petit chemin en terre à mi-parcours. Arrêt jambon-beurre au milieu d’un champ de boutons d’or. Papillons. Je me dégourdi les jambes en observant la nature. Nouvel arrêt à Pontivy. Vieilles pierres et rues pavées. Je me promène dans les ruelles de la ville.

18h. Guémené. 1200 habitants. Fête de l’Andouille tous les ans. Le Ciné Roch est ouvert depuis 83 ans. Je suis très gentillement accueilli par Loic, le président de l’association, Claire, son adjointe et François le projectionniste. Le cinéma est orné d’une pellicule en faillance peinte par un artiste. Il aurait bien besoin d’un petit rafraîchissement. Système D avant tout, une petite affiche de “No popcorn”  est apposée sur celle plus grande du “Missionnaire”. J’aime bien faire de l’ombre aux navets. 


Visite de la cabine de projection. Aussi incroyable que cela puisse paraître, elle tourne encore avec deux projecteurs (ancien système aux charbons). Une partie de mon film sera donc monté sur chacun d’eux. A charge pour François de bien calculer la “transition” pour que cela ne se voit pas dans la salle. Il m’explique qu’il utilise un scoth blanc, rajoute 1,75m d’amorce et compte jusqu’ à 5. Il connait bien sa cabine François, déja 57 ans qu’il la bichone. Bénévole, il était soudeur à l’arc avant d’être à la retraite.

Visite du village avec François. Café. Monument au morts de la première guerre (le seul où est représenté une femme en costume traditionnel breton avec son enfant, et non un soldat en arme). Ancien chateau médieval et sa prison. Des enfants jouent dans un parc. Nous croisons quelques anciens sur la route. Une vieille dame s’excuse de ne pas pouvoir venir à la projection ce soir, elle va répéter avec la chorale du village. François : “ Avant ici c’était un bar…là aussi…et là aussi….”. A une époque le village a compté 2000 habitants et il y avait 110 bars ! 

François : “Vous avez un nom Breton, non ?”.
Moi : “Oui, je suis à moitié breton et à moitié basque”.
François : “Ah. Nous ici on a eu un Mocaër dans le village, il était électricien”.

Rencontre sur le parking d’Intermarché avec un gars qui vend des affiches de cirque. “Vous donnez ce que vous voulez ! On est obligé de vendre nos affiches car nous n’avons pas assez de monde sous le chapiteau.”

19h15. Nous dînons chez Loic avec sa femme Marie-Paule, François et Claire. Grande maison, trois étages. Loic est un ancien militaire. La salle à manger est un récit de voyage en Afrique. Petit caïman au mur. Délicieux buffet froid, très copieux. Indéniablement, les Bretons savent accueillir !

20h30 Retour au Ciné Roch. Quelques voitures se garent. A ma grande surprise, je retrouve un spectateur de la veille. Il s’apelle Bernard et adore le film. Deux journalises locaux me posent des questions et font une photo. Deux minutes montre en main, je me demande bien comment ils vont écrire leur article ceux-là…

La caissière est aussi bénévole. Elle est agricultrice et n’ira pas voir le film car le lendemain elle doit se lever tôt. Une grande manifestation est prévue pour protester les industriels qui leur achètent le litre de lait de moins en moins cher (-35% en un an). “On ne peut plus payer nos charges, on travaille à perte !”. Quand la projection commence, ils sont une dizaine dans la salle. Je m’installe dans ma voiture de location pour écrire mon carnet de route.

Impression de déja vu. Grands sourires et applaudissements. Débat pendant une petite heure. Comparaisons entre les situations que rencontrent les personnages dans “No Popcorn” et celles que les bénévoles connaissent au Ciné Roch. “Alors, quel avenir pour les cinémas comme nous ?”. François a beaucoup aimé le film, comme beaucoup il aurait préféré voir plus d’images du projectionniste travaillant en cabine. Bernard recopie les dates et les lieux de ma tournée bretonne. Je sais désormais qu’il sera là à chaque projection.

23h30. On se quitte tous en se disant qu’on se reverra peut-être... Retour de nuit sur Vannes. Plan de lune dans le ciel, un nuage passe devant. Un rasoir tranche un oeil. Demain je serai à l’Iris, le cinéma de Questembert. 

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