mardi 19 mai 2009

Carnet de route n°12

No Popcorn on the floor - Questembert


11h. Mes journées commencent rarement à l’aube. A peine sorti de ma chambre, une femme au visage sévère me prend la clé et y entre aussi sec pour passer l’aspirateur. Dur. Je demande une facture à la réception. Le gars souffle. Pas fâché de quitter l’Etap hôtel. Nouveau petit café à Vannes face au port. Quelques mouettes volent au dessus de ma tête. J’aime beaucoup cette terrasse. J’aime moins cette famille de touristes qui vient s’attabler près de moi. Les gosses sont aussi insupportables que leur parents. “Tu vas prendre une autre claque si tu continues à pleurer”. Cohérence. J’essaye de faire abstraction.

13h. Pause campagnarde et sandwich accompagné de quelques gorgées d’eau. Je tue une mouche qui s’approche un peu trop de mon bout de pain. “Non mais ! C’est qui le plus fort ?” . 50km/h. Travelling de poids lourds. Tracteurs et bottes de foin. Un TGV me dépasse et je pense au Père Noël (Pierre Haury de son vrai nom). Dans les infos nationales, Cannes à largement eclipsé la grippe Mexicaine et le combat des Tamouls en Inde. Je roule sur un oiseau écrasé et emporte ce qu’il reste de son âme sur le pneu avant droit.

18h30. Questembert. 4000 âmes. Eglise en fond de toile et un jeune qui passe en scooter à fond la caisse. “Où va-t’il ?”. L’Iris me regarde. Deux salles. La soirée est annoncée par une affichette scotchée sur la porte vitrée. Personne. J’appelle Cindy, la directrice, qui vient m’ouvrir. Charmante demoiselle. Clope. Je donne les bobines à Franck, le projectionniste, et visite les cabines. Franck est aussi vidéaste amateur, il a aménagé un studio avec un bel éclairage dans la plus grande des salles. Interview. 


Quelques bénévoles arrivent. Je rencontre la présidente et la comptable de l’association. Elles me présentent un couple qui doit m’héberger mais je ne suis pas du tout au courant. “Désolé mais j’ai déja pris un hôtel”.. Une mère et son fils prennent leurs places à la caisse. Curieux, je m’approche et tends l’oreille car je sais qu’ils passent Millénium dans la grande salle. “Deux entrées pour No Popcorn”. Oufff. Un couple plus âgé entre.

Moi : “Bonsoir, vous allez voir quel film ?”
L’homme : “Je crois que ça s’appelle Millénium”
Moi : “Ah c’est dommage, il y a un joli documentaire à voir dans l’autre salle qui ne passe que ce soir !”
La femme : “Ah bon ? et ça parle de quoi ?”
Moi : “De la vie d’un cinéma de quartier, il y a un petit résumé là, sur le mur.”

Le couple lit le résumé puis se dirige vers la caisse. “Deux entrées pour Millénium s’il vous plait”. Silence. Bernard est à nouveau là, assidu et à l’affût de la moindre information qu’il aurait manqué sur les précédentes projections. “No Popcorn” addict. Autographe. Il parle beaucoup Bernard. De tout, de rien, du coq et de l’âne.

20h30. Début de la projection. 17 personnes dans la salle. Nous partons manger avec Cindy, la présidente et la comptable. Elles n’ont vu qu’une partie du film en Dvd. Passage devant des halles qui datent du 16ème siècle puis nous entrons dans une pizerria. Repas très agréable. La comptable travaille dans une comission de surendettement. Café-clope.

“Je fais toujours mon cinémaaaaaa, comme si on ne connaissait paaaaaas”. Musique de Rodolphe, générique de fin, spectateurs et bénévoles convaincus. Clap clap clap. Le film les renvoie à leur propre salle cinéma et à leurs difficultés. Beaucoup se reconnaissent dans le combat de Ramuntxo. J’entame le débat avec des chiffres. “480 heures de rushes, 450 000 euros de budget soit moins d’une demi-seconde de X-Men…. Un an et demi de tournage, un an et demi de montage et un an pour trouver un distributeur”. Nous parlons de la difficulté de  programmer les films et de leur vie en salle qui est de plus en plus courte.



Une spectatrice : “Je n’ai pas aimé Ramuntxo, il est trop élitiste dans sa programmation !”
Moi : “C’est un militant. Il a une position claire et surtout un idéal”
La Spectatrice : “ Oui mais Harry Potter par exemple, pourquoi en priver ses spectateurs ?”
Moi : “Harry Potter est un exemple. Il faut bien comprendre que la situation de l’Atalante n’a absolument rien à voir avec celle de l’Iris. Autour de l’Atalante il y avait 5 cinémas sur le BAB et 4 d’entre eux passaient déja Hary Potter. Pour Ramuntxo, avoir une cinquième copie sur la zone n’avait pas de sens. Il se battait pour la diversité et pour que les spectateurs aient le choix. De toute façon le public de l’Atalante n’attendait pas des films comme Harry Potter…”
La spectatrice : “Moi je trouve que c’est un comportement égoiste.”
Moi : “Je ne vois pas ce qu’il y a d’égoiste dans son combat. Il n’a jamais forcé personne à voir les films qu’il programmait. D’ailleurs s’il avait été égoiste, il se serait accroché à son cinéma et ne serait jamais parti pour préserver les emplois qu’il avait créé. Moi je le trouve très généreux.”

Dans le hall d’entrée, une table a été installée avec du cidre, du jus de pomme et des popcorns fait pour l’occasion par une bénévole. Les discussions se poursuivent. “Merci pour ce film et cette soirée”.

Minuit. Les lumières de l’Iris s’éteignent et chacun rentre chez lui. Mes bobines dorment déja dans le coffre. Moi, je suis à 68km de mon lit.

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