No Popcorn on the floor - Vierzon
15h. Tours. Sorti de l'hôtel de l'Europe. Café en terrasse. Deux dames agées s’assoient sur la table voisine. Elles doivent avoir plus de la soixantaine. Tailleurs Channel, foulards en soie, montre en or et bijoux bien en évidence. C’est le règne du Bling Bling. L’une d’elle est trop parfumée, elle empeste. “Il y a trop de vent ici non ?”. Maniérées jusqu’au bout des ongles, elles attendent le regard de l’Autre. L’une lance d’un ton sec au serveur : “Deux Perriers Monsieur, je vous prie”. Clope. J’observe tout en écrivant sur mon ordinateur portable. Extraits.
Vieille (cheveux roux) : “Regarde tous les plans sociaux en ce moment, ça ne doit pas être facile à gérer pour son gouvernement. Ils ont la pression !”
Vieille (cheveux blancs) : “Oui mais les gens tu sais, ils veulent gagner de l’argent et bien vivre toute leur vie dans la même société … c’est pas possible aujourd’hui !”
Vieille (cheveux roux): “Il y a trop d’aides de l’Etat et les gens ne se prennent plus en charge eux même. On ne peut pas dire que ça va mal à cause de Sarkozy”
Vieille (cheveux blanc) : “Non, ça va mal pour tout le monde de toute façon. Regarde, même Henri qui devait changer de Mercèdes attend un peu avant d’acheter.”
Elles sirotent leur boissons, arrogantes. La vie ne leur à même pas appris à ne plus être des poufiasses…
19h. Je retrouve Fabrice en bas de l’hôtel. 206 grise de Centre Images. 130 km/h. Autoroute. Dans la voiture on parle du film, de sa programmation, de la réticence de certains exploitants car il peut leur envoyer l’image de leur propre médiocrité. On parle aussi de la Région Aquitaine. "Mais que font-ils donc pour mon film ?" Ils ont mis 70 000 euros dessus mais il ne circule dans aucune salle de cette région.
Arrêt curiosité. Garage au Mur de Sologne, petit village en bordure de nationale. Voitures américaines entassées. Dépanneuse. Mustang. Chevrolet. Pick-up. Police de Montréal. Outils en vrac dans l’atelier, à l’ancienne.
Arrivée à Vierzon. Ville industrielle et mairie communiste. 30 000 habitants. Cinéma fermé. Nous déposons les bobines du film au vigile devant le Ciné Lumière. Débarbouillage dans la chambre d’hôtel “Au Relais de Vierzon”. Dans le couloir affichettes signées de Popeck, des Charlots et d’Annie Cordie”. Brel aussi. “T'as voulu voir Vierzon et on a vu Vierzon”.
20h30. Retour au Ciné Lumière. Nous retrouvons Michel, mon producteur de Beta Prod, et sa femme Marie, sur le parking. 5 salles construites en 2005 sur le site d’une ancienne. Le lieu est magnifique et dégage une ambiance particulière. Vengeance, l’affiche de No Popcorn est à côté de Johnny. Visite d’un multiplexe indépendant à visage humain. Popcorns entassés sous plexiglass et friandises. Fabrice me présente Francis, le directeur du cinéma. Nous sommes en troisième page du journal local. Une pleine page et une photo de Michel derrière les plantes dans son bureau. Début de la projection. Ils sont 12. Un des spectateurs a acheter des popcorns à l’entrée. C’est le premier qui ose et ça me plaît.
Repas dans une pizzeria non loin du cinéma avec Francis, Fabrice, Michel et Marie. Francis ne mange pas. Discussions sur le film. Francis m’avoue ne pas l’avoir aimé. Peut être s’attendait-il à un film plus explicatif, plus pédagogique ? Ne se reconnait-il pas assez dans ce combat d’exploitant ?
22 heures. Rencontre avec Batman devant le Ciné Lumière. Francis nous prend gentillement en photo. Batman est en fait un des vigiles, accro aux déguisements et fin coûturier. Pas de Joker, il est mort.
Débat. Les gens sont heureux d’être présents et les échanges sont intéressants. Deux animateurs (un journaliste et un prof) me relance avec des questions régulièrement. Ils sont très sympas. Le spectateur qui avait prit un gobelet de popcorn ne l’a pas fini. Mon film lui aurait-il coupé l’appétit ?
23h30. En terrasse “Au bureau” avec Fabrice pour un dernier verre. Un homme sort avec sa guitare, visiblement en colère après un gars et sa copine qui enfourchent une moto. Il prend une chaise et s’installe avec nous. Paco est gitan et il le revendique, un peu trop. “J’ai des visions !”. Ah bon ? Paco n’est pas méchant, il empeste juste l’alcool (Pourtant sur les prospectus touristiques, il y a toujours marqué “Vierzon, ville d’eau”). Né en Algérie, à Oran. Il joue surtout du flamenco. “Vous voulez que je vous joue un morceau ?”. 30 secondes de gratte. Le patron du bar sort : “Paco, ça suffit maintenant, il y’a des gens qui dorment !” Nous le laissons seul, assis, au milieu de cette grande terrasse vide.









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