samedi 16 mai 2009

Carnet de route n°9

No Popcorn on the floor - Etel

10h. Toujours à Redon. Le vent souffle sur les volets en fer de ma chambre. Sur le balcon, le thermomètre affiche timidement 18 degrés. J’avale un jus d’orange. Sonnerie du combiné accroché au lit. Le receptioniste m’annonce que quelqu’un vient de déposer un colis à mon attention. C’est un cadeau de Phillipe Rouxel, un très joli livre sur l’Ille et Vilaine. Délicate attention. Si toutes mes journées pouvaient commencer avec un cadeau à ouvrir… Café près de la gare. Café bis. Café ter.

On the road again. Bernard Lavilliers. Muzillac. Je m’arrête pour manger un morceau sur le bord de la route (rillette achetée le matin à Intermarché et une baguette). Je regarde des vaches qui regardent un train. Vannes. Carnac. J’en profite pour m’arrêter et faire des photos en noir et blanc des alignements. Il pleut, les pierres changent de couleur. Nouvel arrêt à Erdeven. Je bois un café déguelasse en terrasse. Avec le vent, j’ai du mal à retenir les pages du journal.

15h. Arrivée à Etel. 2500 habitants. Hôtel le Trianon. Quand j’entre, deux femmes regardent “Inspecteur Derrick” à la télé. Déco surchargée, napperons en dentelle, vierge “made in Lourdes” et bibelots en tout genre. La patronne fait mine de réflechir “Ah oui ! il me reste une chambre de libre, payable d’avance s’il vous plait ”. Elle semble découvrir le fonctionnement de sa machine à carte bleue en suivant les étapes sur une anti-sèche griffonnée. Montant. Valider. Code. Valider. Remettre la machine sur son socle. Valider. Paiement accepté. Ouf ! 


Maison de poupée, couloir rose bonbon, et lustre de grand-mère qui pendouille, ça me va. Ma chambre est à l’image du couloir : draps en satin, fauteuil 19ème cosi, lampes de chevet, rideaux napoléoniens. La télé est un anachronisme total. Moi aussi d’ailleurs. Petite sieste pour reprendre des forces.

17h. Je descends vers la barre d’Etel pour découvrir la côte. Des maisons vides en bordure de plage, des volets fermés et des jardins déserts. Ca souffle fort. Un petit manège tourne avec quelques gamins, leurs parents les regardent fièrement. Je suis sûr que le petit garçon dans son avion en fer rêverait de s’envoler pour de bon. Mais où sont passés tous les pêcheurs de sardine et leurs familles qui vivaient dans ce village?Je découvre le cinéma “La Rivière”. Fermé. Il est beau et trône fièrement face à la mer. Ici, les affiches de “No Popcorn” sont arrivées à temps pour la projection.

18h30. J’ai rendez-vous avec Anthony, le projectionniste qui a remis ce cinéma en marche voilà un peu moins de 6 mois. Je lui donne les bobines 35 mm et monte voir la cabine. Sur une des bobines, il manque un petit ergot pour tenir le film sur le projecteur. Qu’importe, il utilisera un crayon. Séance photo avec un journaliste de la presse locale. Nous n’échangeons pas un mot. Je me demande bien comment ils écrivent leurs articles sur moi et le film. Direction le “Chat qui pêche” où je dois retrouver Yann Stephan, un ami qui s’occupe du Festival du film Insulaire de l’Ile de Groix. Il est venu en bateau. Café intérieur, clope extérieur. Rencontre et repas avec tous les bénévoles du cinéma. Tartine, andouille et pomme de terre. Je fais aussi la connaissance d’Helène la directrice, très cool. Café.

20h30. Cinquante personnes dans la salle. Pour moi c’est énorme ! Hélène me dit être un peu déçue car sur les précédentes animations organisées à la Rivière 150 personnes en moyenne étaient venues. Plafond étoilé et bonne humeur. Visages ravis. Bonsoir à tous et début du film.

Applaudissements nourris et flots de félicitations. Nouveau moment de partage et d’échange privilégié avec les spectateurs. Cidre ou jus de fruit ? Jus de fruit svp. Je n’aime pas les bulles. Je promets de revenir avec Ramuntxo s’ils programment le film cet été ou en septembre.

Il est minuit passé. Fermeture du cinéma. Clopes dans le vent. Ici les bars ferment à une heure du matin, mais le bar où nous allons a une dérogation et reste ouvert plus tard. Nous nous installons à une table. Dans la salle voisine certains jouent au billard. Ecran géant avec une course cycliste, musique jazz et déco de pub irlandais… déroutant non ? Non, les cyclistes roulent comme si de rien n’était ! Le patron nous sert la main. Ca devient tellement rare. “Comme bière je peux vous proposer une roussette ou une sardine”. Discussion et interpétation du ballon rouge dans le ciel par un des spectateurs qui nous a accompagné : “C’est un spermatozoide qui va féconder l’univers et créer ainsi des milliers de petits cinémas indépendants”. Joli.

2h du matin déja. Un dernier verre ? “Non” ferme du patron qui ferme. Je n’ai pas du tout envie de quitter cette joyeuse équipe. Nous restons fumer une dernière clope dans le froid devant le pub. Retour au siècle dernier à l’hôtel Trianon. Demain matin, il faut absolument que je pense à nourrir les chevaux et à véfifier mon carrosse avant de partir.

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