vendredi 12 juin 2009

Carnet de route n°22

No Popcorn on the floor - St Julien en Genevois


11h. Paris. Le soleil frappe fort quand je sors de chez moi. Il blanchit les visages. Terrasse blindée pour un jus de fruit frais. Le serveur transpire à grosses gouttes.  Une fille passe en vélib’, robe au vent, jolie. Plaisir des yeux…j’adore l’été à Paris. C’est déja moins gai dans le métro où nous sommes serrés comme des sardines. La chaleur est étouffante. 3h30 de TGV pour rejoindre la Suisse. Je regarde “JVCD” même si je ne suis pas un fan de Van Damme. Au final je trouve le film beau et puis j’aime beaucoup l’auto-dérision des Belges (je les connais un peu pour avoir habité à Bruxelles en 1996 et 97, je bossais à l’époque comme monteur sur des documentaires pour Arte).

16h35. Gare de Cornavin, Genève. Un panneau affiche 31°. J’ai eu la bonne idée de prendre ma veste en cuir, du coup je ne sais pas où la mettre… 16h49. Train régional en direction du terminus de l’aéroport. Un exemplaire gratuit de “20 minutes” traîne sur un siège. A la une : “Un réalisateur tourne des films X dans les trains du CCF”. Une non-information pour un non-journal. Normal. Avec tout ce qui se passe dans le monde… Didier, le directeur du cinéma qui m’accueille ce soir, me recupère à l’aéroport et nous faisons connaissance en voiture. Je lui parle de No Popcorn, il me parle de sa salle.

Arrivée à Saint-Julien en Genevois. Le village est niché entre les Alpes et le Jura. 11 000 habitants. Mairie socialiste très portée sur la culture. Une vraie chance et une exception car d’après ce que j’ai pu comprendre, la Haute-Savoie est plutôt à droite (voire très à droite).

17h30. Découverte du “Rouge et Noir”. Le cinéma flambant neuf est sur une petite place dans une zone commerciale, entre un fleuriste et un marchand de chaussures. Après des années de fermeture, il a réouvert il y a un an et demi grâce à l’effort de Didier et de son association. Il a aussi changé de nom (avant il s’appelait le “Savoy”). Comme beaucoup de cinémas, l’histoire est rocambolesque et digne d’une saga (ancienne propriétaire qui coule son propre cinéma, se marie avec le patron d’un multiplexe proche, lui donne un fils etc…). 


Visite. Ma première impression est celle d’arriver dans le hall d’un hôtel. Le caissier qui est aussi le projectionniste présente très bien. Chemise blanche et souriant, c’est agréable. Dans la salle les fauteuils noirs sont posés sur une moquette rouge. Une cafétéria “Les 400 coups” est attenante avec un petit comptoir et de la documentation. Il y a aussi une deuxième salle de projection à l’étage mais elle nécessite beaucoup de travaux. “Nous allons monter un dossier”.

18h30. Didier et sa femme veulent me montrer le multiplexe Gaumont qui est installé à 3km du centre-ville. Bloc de béton très laid qui défigure la montagne derrière lui. 11 salles sur un site industriel prévu à l’origine pour accueillir des entreprises suisses qui ne sont jamais venues… D’ici on apperçoit le jet d’eau du Lac Léman, 140 mètres de haut.

19h. Les cloches sonnent. Hôtel le “Soli” à deux pas du cinéma, derrière l’église. Chambre 17. Dessus de lit à fleur, baie vitrée, balcon et cendrier en forme de bol vert. Douche. Ah ça va mieux ! Nous dînons au restaurant “Le Savoie” en terrasse ombragée. Serveur nerveux. Salade montagnarde. Pas très original hein? Didier est un passionné, un vrai cinéphile. Rien ne le prédestinait à devenir directeur de cinéma car il était architecte. Il connait Rouch, Depardon, Vautier et j’en passe. Je suis le 4ème réalisateur qu’ils accueillent.

21h. Rituel de la photo du projectionniste. 32 entrées payantes. Je m’avance pour aller dans la salle.

 “Vous avez un ticket Monsieur ?”
 “Non”
 “Je ne peux pas vous laisser passer alors…”
 “Ah ? Je ne peux pas aller présenter mon film au public ?”

Sourires. Les présentations sont faites avec le gars qui déchire les tickets. Présentation du film devant les spectateurs puis je rentre me poser un peu à l’hôtel pendant la projection. Ecriture du blog.

22h40. Lumières dans la salle. Les spectateurs mettent toujours un peu de temps pour sortir du film. Les échanges commencent d’emblée sur des comparaisons entre l’Atalante et le Rouge et Noir. “105 000 entrée à l’Atalante pour un seul écran ? C’est énorme !”  “Oui”  “Nous, nous sommes à 24 000 entrées mais la ville est beaucoup plus petite et le contexte différent. De plus c’est tout récent pour nous”.  30 bénévoles permettent au cinéma d’exister. 
Nous abordons aussi le problème de la population vieillissante dans les salles dites “indépendantes”. Comment faire pour attirer les jeunes et les ados ??? Eternelle question sans réponse. Quelques mots sur l’Art et Essai (le cinéma n’est classé Art et Essai que depuis une semaine ici). Les discussions se poursuivent à la cafét’ avec deux gars qui reviennent du Quebec où ils ont suivi une formation en court-metrage. Jus de mangue.

1h du matin. Retour à ma chambre. La ville est déserte. Tv écran plat plaquée contre le mur. Aucune envie de l’allumer, je m’allonge pour lire les journaux du coin mais j’ai du mal à me concentrer. Sur le parking dehors une bande de jeunes est attroupée autour d”une voiture. Coffre ouvert, musique et biéres. Les fleurs de mon dessus de lit me contraignent à fermer les yeux.

mercredi 10 juin 2009

Carnet de route n°21

No Popcorn on the floor - Bourges


Carnet de route raccourci, j’ai une nouvelle fois besoin d’un peu de sommeil.

16h. Temps gris. Ciel bas et lourd. Métro direction République. Changement prendre la ligne 5 pour rejoindre la gare d’Austerlitz. Sur le quai les voyageurs s’entassent. Le métro n’arrive pas. Ca peste. “Je vais être en retard pour mon rendez-vous! ”. Les haut-parleurs annoncent : “Incident grave de voyageur”… Apparement un gars a mal commencé sa journée, il s’est suicidé. J’arrive 5 minutes avant le départ du train. DVD de “The Wrestler” avec Rourke, très belle interprétation mais je ne me laisse pas emporter par l’histoire.

19h. Arrivée à la gare de Bourges. Michel me récupère en voiture, nous partons à la Maison de la Culture. C’est u batiment à l’allure soviétique, massif et imposant avec sa frise caractéristique en haut de la façade (qui représente des danseurs et non des travailleurs). Le lieu regroupe un théatre, une salle de cinéma, des salles d’expo et une cafét’. Le tout a été inauguré par Malraux en avril 1964. Nous sommes un peu en avance, la projection n’a lieu que dans une heure. Café et Shweppes en terrasse à l’Euro Café.

20h15. Devant la Maison de la Culture quelques policiers jouent avec leurs sifflets. Le peloton passe. “C’est quoi cette course ?”. Sur le bord de la route certains encouragent les cyclites. Quelques spectateurs prennent leurs tickets. Je revoie avec plasir beaucoup de personnes qui travaillent avec Beta Prod, de la famille de Michel aussi. Duarto se présente, c’est le directeur et le programmateur. Très sympathique. 


18 entrées payantes mais ils sont en réalité 48 dans la salle (30 invités). Repas à la cafétéria avec Michel et Marie. Salade de gésiers et bavette à l’échalotte pour moi. Nous parlons de la suite de l’exploitation en salle du film. On sent bien que le distributeur est sur d’autres projets et que mon film n’est plus du tout sa priorité. Pas évident. Et puis moi aussi, il va bien falloir que je tourne la page un de ces quatre.

Reveil en douceur. “Vous avez aimé ?”. Débat et anecdotes. Ramuntxo… “ancien ingénieur en armement”…Borja…”Bonduel et ses haricots verts, viré ”…Muriel et Jean-Georges…”toujours à l’Atalante”...Les administrateurs…”je ne les aime pas, un champ d’éoliennes”.  Un tout jeune demande “C’est quoi Art et Essai ?” Explication confuse de ma part. Je ne suis pas sûr d’avoir bien répondu, c’est tellement vague aujourd’hui comme notion… je ne sais même plus si cela a un sens.

23h30. Il est assez tôt. “Au revoir à toute l’équipe de la Maison de la culture. Je promet de repaser pour dire bonjour. Il y a des chances que je revienne sur Bourges. La course cycliste n’est pas fini. On entend un gars qui s’époumonne  avec son mégaphone “Plus que 9 tours ! Messieurs, plus que 9 ! ”. Michel me dépose à mon hôtel “Le Christina”, très classe. Wifi attitude à fond. J’envoie mes blogs en retard à Ramuntxo. Pendant ce temps là, les cyclistes tournent, tournent, tournent… moi j’aimerai bien tourner plutôt que d’être VRP de No Popcorn. Tourner c’est mon métier, c’est surtout ma vie.

jeudi 4 juin 2009

Carnet de route n°20

No Popcorn on the floor - Villeurbanne


Paris. Métro Colonel Fabien, ligne 2. Nation puis Gare de Lyon. Depuis mon retour de Blois j’ai réussi à me reposer un peu. TGV 6611. En duplex à l’étage. J’ai horreur de voyager face à d’autres personnes, être obligé de croiser leurs regards. Je prefère de loin avoir à faire au dossier d’un siège anonyme. Lecteur VLC sur mon mac. Je commence à regarder un film avec Kevin Costner, rien d’autre en stock… Acteur de merde, film de merde, switch off.

18h. Arrivée à la gare de Lyon Part-Dieu. Café et journal en terrasse. Métro et arrêt à la station “Gratte-Ciel”. Je suis à Villeurbanne, 135 000 habitants. Une chambre a été réservée à mon nom à l’hôtel Ariana. 3 étoiles, on me gâte. Numero 404. Moquette bleue au sol, mini-bar avec son paquet de chips, fiole de vodka et canettes de boissons gazeuses, télévision assez haute pour avoir un torticoli et lit confortable. Je m’allonge 30mn pour bouquiner.

20h. Le “Zola” est à quelques pas de l’hôtel. Façade incroyable aux couleurs pastels, savant mélange de rose et de bleu. Fille ou garçon ? Château de princesse ? Maison de poupée ? Un peu des deux. Rencontre avec Sandrine la direcrice, Eric le projectionniste et Sophie la caissière. D’après Sandrine la salle date des années 20. La cabine de projection, exigüe, ressemble à un atielier, un laboratoire de savant fou.

16 entrées payantes. “Bonsoir à tous et bonne séance”. Il y a un court-metrage juste avant “No Popcorn” dont l’action se déroule à Brest (Nous avions notre maison familiale non loin de là, à Plouguerneau). Dîner dans une pizzerria voisine avec Sandrine. Nous sommes les seuls clients. Sandrine m’explique qu’elle n’est pas là depuis longtemps. Elle rêve en secret de pouvoir faire comme Ramuntxo dans le film, programmer avec exigence, sans concessions.

Retour dans la salle et applaudissements. Débat sur les problèmes que rencontrent les cinémas comme le Zola. Difficulté à avoir des copies surtout. Sandrine n’a certains films qu’en 4ème semaine après leur date de sortie. Les multiplexes se sont lancés dans ce marché de l’Art et Essai. Ils se partagent les copies en circuit fermé et une fois bien exploitées, les petits cinémas sont servis. Mais si les multiplexes font de l’Art et Essai, que deviennent les salles Art et Essais ? Pourquoi existent-elles ? Une distributrice de GBK films prend la parole et confirme qu’elle doit se battre, sans cesse, sans relâche. 


Après le débat nous discutons sur le trottoir avec les 4 jeunes (3 gars et une fille, ils doivent avoir 18 ans). La fille fait un stage au Zola et à reussi à convaincre ses potes. Ils sont enchantés : “Pourtant c’est pas le genre de film qu’on va voir d’habitude”. Je les trouve intelligents et curieux. Ils se remettent en question et m’avouent qu’ils ne regarderont plus le cinéma de la même façon. Ils essayerons d’aller plus souvent voir des films différents. Déclic, prise de conscience naissante. Pour moi, c’est déjà gagné. "I feel good"… Clope de satisfaction.

Minuit 10. Rues désertes. Retour à l’hôtel. J’achète deux poires chez l’épicier arabe du coin. Je ne sais pas pourquoi mais j’allume la télé. Best of de Pivot…intéressant mais l’image se freeze et le son déraille. Zap. Crash aérien d’Air France. 228 morts. A l’antenne, les spécialistes se relaient. Macabre. Zap. Tennis. Zap. Mort de Carradine, le monde du kung-fu est en deuil lui aussi. Bill est mort pour de bon. D’ailleurs il faut absolument que j’aille voir “JCVD” un de ces quatre, on ne m’en a dit que du bien. Depuis ma fenêtre je vois des cowboys au bout de la rue. Mais pourquoi donc les gyrophares de la police en France ne sont-ils pas bleus et roses comme le Zola ???