lundi 31 août 2009

Carnet de route n°26

No Popcorn on the floor - Carhaix


9h30. Rostrenen. Le jour passe à travers les rideaux de ma chambre. Allez debout, il fait soleil dehors! Mon dimanche a été relativement calme, j’ai assisté au concours de danses traditionnelles Bretonnes et à la clôture du festival “Fisel”. Café et croissant. Il fait un peu frais mais je squatte encore la terrasse en bas de l’hôtel avec mon ordinateur portable. Clope. Au centre-bourg, la fête est finie. On enlève les barrières et les banderoles, le vide reprend sa place et le vent porte un grand silence.

12h15. Contact. Direction Carhaix dans le Finistère. 89km/h. Coup d’oeil à droite. Radar automatique. Bottes de foin. Il y a pas mal de tracteurs dans le coin. Carhaix est un joli village que je connais de nom avec le Festival des Vieilles Charrues. Les rues piétonnes sont désertes, tous les magasins sont fermés entre midi et deux. Je m’installe à la terrasse d’un restaurant. “Vous avez une carte ?”. “Non Monsieur, désolé, nous réouvrons juste aujourd’hui.” Confit de porc et pommes de terre pour tout le monde. Derrière moi, une jeune femme et un gars en costume trois pièces discutent boulot. Ils bossent au Crédit Agricole. “Nous devons communiquer plus et tout le monde doit connaître les dossiers. Comme ça, si je ne suis pas là, il n’y a pas de problème.” Le repas n’est pas top, pas de dessert. Détour par la presse, un article dans le “Télégramme” et une demi-page dans “Ouest-France” parle de No Popcorn. Si avec ça il n’y a personne à la projection ce soir !

15h30. A la recherche du “Grand Bleu”. Je tourne un peu en voiture avant de le trouver car il est en retrait du village, dans une sorte de zone industrielle. Accolé à un très grand centre culturel, j’ai l’impression de découvrir un multiplexe. Ce n’est pas le cas puisque c’est une salle unique. Pensée rapide pour Jean-Marc Barr, mon voisin à Paris.

16h20. Rien à faire ici. Retour sur Rostrenen, je m’accorde une petite sieste. Je fais quelques recherches sur le Gabon ou je compte bien partir filmer d’ici peu. J’ai pour projet de filmer la vie d’un commissariat là-bas. Petit hic : je n’ai ni producteur, ni caméra, ni assedics... Je vais donc une nouvelle fois tout faire seul et partir en repérage. Dans mes mails, j’ai aussi reçu l’accréditation pour le festival du film grolandais de Quend qui a lieu du 18 au 20 septembre. No Popcorn sera en “Compette” comme ils disent…

19h45. Je repars sur Carhaix pour la soirée, bobine dans le coffre. Classique. Je suis accueilli par quelques bénévoles. La caissière revient de la plage avec sa fille. Quelques spectateurs arrivent. Une partie est venue voir “The Reader” mais il a été déprogrammé et remplacé par “No Popcorn”. Les spectateurs hésitent. Je suis obligé de trouver les bons mots pour les convaincre d’aller voir mon film… 10 entrées payantes. Pas si mal pour un film sorti en salles iI y a 4 mois déja, mais jamais suffisant.

20h45. Petit mot dans la salle et lancement de la séance. Un traiteur livre nos repas. Nous mangeons à quatre dans la salle de réunion du Grand Bleu, à l’étage. Ambiance décontractée et très sympa. Je suis toujours très bien accueilli en Bretagne. La présidente de l’association nous rejoint pour le dessert. Certains ont vu la fin du film et trouve dommage d’être si peu nombreux. Sur les 50 bénévoles qui font vivre le “Grand Bleu”, ils sont 6 tout au plus. Décevant. Ceux-là même qui font exister les salles ne viennent même pas voir un film qui parle d’eux. Thierry, le seul salarié du cinéma dont on m’avait donné les coordonnées, n’a pas daigné se déplacer non plus.

22h20. Fin de la projection. Les lumières s’allument après le générique et les spectateurs ont le sourire. Applaudissements. Avant même que le débat ne commence, je sais qu’ils ont passé un bon moment. La machine n’est pas rouillée et j’enchaîne les explications, les annecdotes.

23h15. Devant le cinéma. Discussions rapides avec un couple de parisiens en vacances dans le coin. Retour en voiture sur Rostrenen pour une dernière nuit chez Henri IV. “Nuit et Brouillard” d’Alain Resnais . Je n’avais pas vu ce chef-d’oeuvre depuis mes études à Bayonne, il y a 15 ans. Un film qui vous électrocute ou vous paralyse, au choix. Des images qui se rangent dans une des cases de votre mémoire pour ne plus jamais en sortir. Extinction des projecteurs. Un chien aboie.

No Popcorn on the floor. Presse Régionale
































































































































































































































lllm












































































































dimanche 30 août 2009

samedi 29 août 2009

Carnet de route n°25

No Popcorn on the floor - Gourin


11h30. Réveil tranquille au son de l’aspirateur de la femme de ménage. Le ciel est gris, le ciel est bleu. Achat des journaux locaux au centre-ville, puis je mange à l’hôtel. Médaillons de veau et petits légumes. Mmmmmm. Dans un des salons, une grande tablée fête l’anniversaire d’un mort… Café en terrasse, j’écris le carnet de route de la veille.

15h. Arnaud et son père arrivent à l’hôtel avec deux voitures. Ils ont très gentillement proposé de m’en laisser une, le temps de mes déplacements dans le coin. J’avoue que c’est beaucoup plus simple. C’est une diesel, je cale deux fois! Plus l’habitude de l’embrayage après avoir conduit des automatiques tout l’été aux Etats-Unis. Le père d’Arnaud qui est à mes côtés doit se dire “Ohhh !!! mais il ne sait pas conduire celui-là…”. J’embarque la lourde bobine 35mm de “No Popcorn” dans le coffre devant le Ciné-Breiz.

17h. Rostrenen. Le festival Fisel suit son cours. Je suis convié à une “Causerie” par la radio RKB sur le thème de l’engagement associatif. Nous sommes 6 autour de la table pour débattre au Café Bon Barde.

18h30. Je prend la route, direction Gourin. Je connais le village pour y être passé avant les grandes vacances. Je pose mes bagages à l’hôtel-restaurant “Le Casse noisette”. Les proprios, d’anciens parisiens, sont très sympas. Un verre au "Jo Bar" dans le centre. Un soldat en pierre du monument aux morts de la guerre 14/18 me regarde.

20h20. Cinéma Jeanne d’Arc. Retrouvailles avec Matthieu Péron. Aux dernières nouvelles, le cinéma est toujours sous patronnage mais le curé a été muté à Saint-Raphaël. Le projectioniste monte la bobine. Un petit gars de 14 ans arrive. Julien est bénévole ici depuis un an, il s’occupe de la vente des confiseries. Photo avec Matthieu et Julien pour le correspondant local du journal Ouest-France. Dans le cinéma le marketing du film “La-Haut” de Pixar est omniprésent. L’affiche de mon film est à côté de celle d’Harry Potter, un vieux pote maintenant.

21 h. Nous guettons les spectateurs. Matthieu craint qu’ils soient encore moins nombreux que la fois dernière. 5 entrées : un couple, la cinquantaine, et trois jeunes de moins de 20 ans. Petit speech habituel dans la salle. Deux femmes arrivent 1à minutes plus tard. 7 entrées. Bon ben… ça pourrait être pire non ? Nous partons dîner à la crêperie du coin. “Gourin est en train de crever, les commerces ferment les uns après les autres…regarde c’est le vide…”.

22h35. Fin du film. Nous entrons dans la salle pendant le générique. Les deux femmes sont en train de partir, Matthieu les rattrape in-extremis.

Matthieu : “Vous devriez rester, le réalisateur est là pour parler du film”.
Les femmes : “Qui ça ?”
Matthieu : “La personne qui a fait le film…”
Une des femmes : “Ben c’est bizarre votre film…”
Moi : “Bizarre ?”
La femme : “Oui c’est bizarre. Moi j’aime les bons films ! Et là….”
Moi : “Et c’est quoi un bon film pour vous ?”
La femme : “Un film où il y a de l’action !”
Moi : “Ah, évidement … un peu comme Gi-Joe ? Donc vous n’avez pas aimé ? ”
Le femme : “ Pas trop”
L’autre femme : “Pour moi c’est comme un film d’embauche”
Moi : “Pardon ?”

Elle m’explique ce qu’elle entend par film d’embauche mais je ne capte rien. Je lui redemande plusieurs fois des explications. Impossible de comprendre quoi que ce soit … Phrases sans verbe, sans sujet parfois. Cela restera un mystère… Le couple quant à lui pose des questions plus sensées. Les jeunes au premier rang ricanent. Pourquoi ? Aucune idée. L’adolescence peut-être.

Dernier verre de cidre dans le hall d’entrée. Ce soir Julien n’aura vendu aucune friandises. Tout compte fait, elles n’étaient pas bien méchantes ces femmes. Elles n’étaient juste pas “finies”. Dédicace sur mon affiche au marqueur noir. Tout comme la fois dernière, je repars avec une bouteille de cidre et un paquet de crêpes fraîches . L’hospitalité à Gourin ne faillit jamais et ça, c’est la classe !

23h40. Bobine rembobinée et embarquée, je rentre au “Casse-Noisette”. J’en profite pour déposer Julien devant la grille de l’hôtel. Il habite à deux pas.  Sur le trottoir, il se retourne une dernière fois et tel César, lève le menton et le pouce : “Il était vraiment bien votre film !”.

Minuit. Pas envie de dormir. Douche. Un chat passe sur la goutière au loin. Clope sur le petit balcon de ma chambre. Que me reste-t-il en stock ? “Les Brigades du Tigre”. Un film divertissant. La Triple-entente, Jaurès et l’Humanité, la guerre enfin… Le premier volet de notre histoire d’amour avec l’Allemagne commence. “Nuit et Brouillard”.