jeudi 14 mai 2009

Carnet de route n°7

No Popcorn on the floor - Gourin


Le ciel s’ouvre. Réveil en douceur et un café au port de plaisance de Lorient. Je flâne un peu avant de prendre le volant. 90 km/h, radar sur le bas-côté. J’hésite à aller le flasher moi même avec mon appareil photo. Je le ferai plus tard, y’a pas de raison ! Arrivée vers 18h à Gourin, 3000 habitants. Le cinéma est fermé. J’achète le Télégramme et vais me scotcher sur la terrasse d’un pub, en face du monument au mort de la guerre 14/18. Petit rayon de soleil.  

19h. Je rencontre Matthieu Péron sur le parking du cinéma “Jeanne d’Arc”, c’est grâce à lui que cette tournée en Bretagne sud existe. Sans son message sur le Facebook du film, je ne serai pas là, à voyager de cinémas en cinémas avec mon film sous le bras. Je tourne quelques images avec mon téléphone portable en me disant que je pourrai peut-etre en faire un blog vidéo. La qualité de l’image est lamentable mais j’insiste. Pourquoi ? Aucune idée… Narcisse. Un jour je finirai par rejoindre mon reflet dans l’eau à force de le regarder. Je finirai par me noyer dedans. Heureusement que je sais nager.

Le “Jeanne d’Arc” est un cinéma paroissial. Avec un nom pareil, rien d’étonnant. Il faut savoir qu’en Bretagne beaucoup de cinémas, surtout ruraux, ont été financés par les curetons. Certains ont réussi à s’en libérer mais beaucoup sont encore sous la tutelle de l’église. On me parle du patronnage et de club de sport. Quand il a repris le cinéma en 2004, Matthieu faisait un peu plus de 2000 entrées par an, aujourd’hui le chiffre est monté à 7000. Fierté légitime. Sur la façade, il n’y a pas d’affiche de “No Popcorn”. La fille qui devait s’en occuper était en vacances. Peut-être les recevront-ils demain ? Je suis triste pour Matthieu qui s’est donné tant de mal. Le dicton du cordonnier se vérifie. 

Pied de grue. Nous attendons, les spectateurs. 19h45 personne. 19h50 personne. 19h55 un couple. 20h trois nouvelles personnes. Ils seront donc 5 dans la salle. Louisette, la caissière, est désolée. “C’est pas terrible” me lance t-elle ! Peu importe, nous les saluons et leur souhaitons un bon film. Je retourne quelques images en cabine de projection. Pendant le film nous mangeons une pizza avec Matthieu et avec un jeune couple de l’association. Friandises ici et là au comptoir.

Nous parlons de la distribution en salle de “No Popcorn” qui reste confidentielle. Matthieu m’explique qu’il travaille avec un intermédiaire (dont j’ai oublié le nom) qui lui fournit les copies des films. Lorsqu’il lui a demandé No Popcorn, on lui a répondu “pas de copie disponibles…”. C’est quand même un comble! Il y a 10 copies du film et 4 cinémas seulement le passent. Matthieu a donc téléphoné au distributeur (ADR) directement… Il y a des aspects de la distribution en salle qui me semblent très opaques et très compliqués. Trop d’intermédiaires, problèmes de communication ? Je suis maintenant persuadé que des salles de cinéma veulent mon film mais qu’on leur dit “pas de copie disponibles…”

Une discussion informelle s’engage après la projection avec les spectateurs. Tous ont apprécié le film. “Mais il est devenu quoi Ramuntxo ?” “Aujourd’hui il est journaliste pour un groupe média Basque qui s’appelle Eitb. Ramuntxo c’est le caillou dans la chaussure. C’est lui qui vous rappelle que vous avez une chaussure au bout du pied, c’est lui qui vous rappelle que le confort endort ”. Convictions. Nous nous retrouvons tous en cabine. C’est devenu un rituel depuis le début de ma tournée. Nous invitons toujours les spectateurs à visiter la cabine de projection avant de partir. Hall d’entrée. Suite des discussions. Un verre de cidre, des crêpes, le tout de fabrication artisanale et locale.

23h. A ma grande surprise je repars avec deux bouteilles de cidre et deux paquets de crêpes. C’est con à dire mais c’est devenu tellemet rare comme geste que ça me touche beaucoup. J’aurais bien aimé rester un peu pour mieux faire connaissance avec Matthieu mais demain matin j’ai de nouveau rendez-vous avec la route.

Je dors à l’hôtel La Chaumière. Tapisseries à fleurs années 60, armoire en formica marron et lustre des années 50. Mes compagnons de route ne sont jamais les même d‘une chambre à l’autre, d’une ville à l’autre. Ce soir ma dernière image sera une petite poubelle en plastique blanche avec des fleurs bleues dessus.

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